Croissance nulle

Note rédigée suite à la publication Insee du 30 avril 2026

Synthèse

Les chiffres de la croissance française au premier trimestre 2026 sont franchement mauvais : stagnation du PIB et baisse de l’ensemble des composantes de la croissance, seules la variation des stocks et les dépenses publiques ont apporté une contribution positive. Pour l’ensemble de l’année 2026, le blocage du détroit d’Ormuz pourrait amputer la croissance de 0,3 point, soit une hausse du PIB de 0,6 % sur l’année.

Des chiffres décevants au premier trimestre

Zéro pointé ! La croissance française a été nulle au premier trimestre alors que l’Insee prévoyait fin mars une progression du PIB de 0,2 %¹.

L’impact de la flambée des prix du pétrole a pu expliquer la légère baisse de la consommation des ménages (-0,1 %). Les autres composantes du PIB sont dans le rouge : l’investissement s’est contracté de -0,4 % et la baisse plus rapide des exportations en volume (-3,8 %) par rapport aux importations (-1,7 %) implique une contribution négative du commerce extérieur de -0,7 point.

Seules les dépenses des administrations publiques (+0,4 %) et la variation des stocks apportent une contribution positive et empêchent une baisse du PIB au premier trimestre.

S’il ne faut jamais trop extrapoler à partir des chiffres trimestriels par nature volatils (d’autant plus qu’ils peuvent être révisés par la suite), la tendance de la croissance française n’incite pas à l’optimisme alors même que l’impact de la guerre au Moyen-Orient ne s’est pas encore pleinement fait sentir dans les évolutions du premier trimestre.

¹ https://www.insee.fr/fr/statistiques/8907467

La croissance de 2026 sera impactée par la guerre au Proche-Orient

Anticiper la situation dans le détroit d’Ormuz est un exercice incertain. Bersignéco prend pour hypothèse que le prix du baril se maintiendrait à son niveau actuel (aux alentours de 110 dollars le baril) jusqu’à la fin de l’année. Il semble s’agir d’un scénario intermédiaire dans lequel la crise mettrait du temps à se résorber sans pour autant s’aggraver (une flambée du baril au-delà de 200 dollars ne peut toutefois pas être exclue si le conflit s’envenime).

Selon ce scénario, la croissance en France pourrait être amputée de 0,3 point en 2026 et de 0,6 point en 2027 selon les estimations de Bersingéco (le temps que les impacts récessifs sur le pouvoir d’achat et les marges des entreprises se diffusent dans l’économie), par rapport à un scénario dans lequel la guerre n’aurait pas eu lieu. En effet un baril à 110 dollars implique une hausse du prix du pétrole de 60 % du fait de la guerre, ce qui conduit à une contraction du PIB français de 0,3 point la première année et de 0,6 point l’année suivante².

En conséquence, la croissance française serait de 0,6 % en 2026 comme en 2027 d’après Bersingéco, soit sensiblement moins que les prévisions du FMI³ qui, avant le début du conflit, tablait sur une croissance de 0,9 % en 2026 et de 1,2 % en 2027 (le FMI n’a pas révisé sa prévision de croissance pour 2026 dans ses analyses d’avril, l’institution retenant l’hypothèse d’un déblocage rapide du détroit d’Ormuz).

² https://bsi-economics.org/images/articles/a42.pdf

³ Weo octobre 2025


Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco en partenariat avec Les Entreprêteurs